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Célébrons 190 ans

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Le Collège universitaire de Saint-Boniface - Pierre d’assise de la société d'aujourd'hui de l’Ouest canadien

En 1818, quand l’Abbé Provencher a fondé une école pour garçons sur les rives de la rivière Rouge, il a édifié les assises d’une tradition d’excellence en éducation qui se perpétue depuis 190 ans. Cette école a été la première à voir le jour non seulement dans la colonie, mais aussi dans tout l’Ouest canadien. Au fil des ans, l’école est devenue l’alma mater d’un grand nombre de personnalités canadiennes, dont le fondateur du Manitoba, Louis Riel. Aujourd’hui, le Collège universitaire de Saint-Boniface continue d’être reconnu comme chef de file en éducation postsecondaire en français dans l’Ouest canadien.

Depuis sa fondation, le Collège universitaire de Saint-Boniface a été un pivot, un protecteur et un promoteur de la culture d’expression française au Manitoba, et dans l’Ouest canadien. De plus, le Collège, avec l’Église catholique de la colonie de la Rivière-Rouge, est la pierre d’assise à l’origine de la première communauté structurée de l’Ouest canadien, Saint-Boniface. Voici un aperçu des grands moments qui ont marqué l’histoire du Collège depuis sa fondation en 1818.

Des débuts modestes

En 1818, l’abbé Norbert Provencher accoste sur les rives de la rivière Rouge avec pour objectif de fonder la première communauté catholique d’un territoire qui comprend ce qu’on appelle aujourd’hui l’Ouest canadien. À l’époque, l’éducation était considérée, avec la religion, comme étant à la base d’une communauté stable. Donc, en plus de fonder la première église de la colonie, l’abbé Provencher (qui deviendra par la suite le premier évêque de Saint-Boniface) décide d’ouvrir aussi une école pour les jeunes garçons de la colonie. C’est dans sa modeste résidence de 20 pieds par 30 pieds que l’abbé Provencher enseigne à un petit groupe de sept à huit élèves à la fois. L’école grandit peu à peu et, après s’être installée dans différents bâtiments, elle s’établit en 1855 dans un nouvel édifice au coin de l’avenue Taché et de la rue Masson.

Premier établissement de l’Ouest

En 1870, le Manitoba fait son entrée dans la Confédération canadienne et se dote d’institutions politiques, économiques et éducatives. Le Collège de Saint-Boniface est l’une des premières de ces institutions puisqu’il est incorporé officiellement par la Province en 1871. Il devient par le fait même le premier établissement d'enseignement universitaire de l'Ouest canadien. Les besoins en éducation en langue française sont sans cesse grandissants à cette époque. Avec le développement du transport, en particulier des lignes de chemin de fer, le Manitoba connaît une migration importante de francophones venant surtout du Québec, mais aussi de France, de Suisse et de Belgique. Ces nouveaux arrivants se fient au Collège pour éduquer leurs garçons en français. Comme ils fondent aussi plusieurs des communautés francophones qui sont aujourd’hui toujours très dynamiques, ces pionniers comptent également sur le Collège pour leur fournir des enseignants qui offrent une éducation de qualité en français dans leurs communautés et en assurent par le fait même la survivance. Le Collège de Saint-Boniface, seul établissement d’enseignement secondaire et postsecondaire de langue française à l’ouest de l’Ontario, devient donc rapidement le pivot de la vie française dans l'Ouest canadien.

En 1877, le Collège est aussi cofondateur de l'Université du Manitoba, avec deux autres collèges, le St. John's College et le Manitoba College.

Le Collège de Saint-Boniface améliore constamment l’enseignement qu’il offre, notamment au moment où l'abbé Georges Dugas est directeur du Collège de 1866 à 1870 (il a aussi été conseiller spirituel de Louis Riel, l’un des célèbres élèves du Collège). L’abbé Dugas organise définitivement l’enseignement classique du Collège et qui dure jusqu’à la fin des années 1960, en mettant l’accent sur l’enseignement du latin, du grec et de la philosophie.

La grande époque du Collège

De 1880 à 1922, le Collège connaît une période de prospérité. En 1880, comme les inscriptions ne cessent d’augmenter, Mgr Taché fait construire un bâtiment plus imposant, là où se situe aujourd’hui le Parc Provencher. Il accueille chaque année plus de trois cents élèves dont environ cent cinquante pensionnaires. Le Collège est le seul établissement offrant un enseignement supérieur catholique dans la province. Il sert donc l’ensemble de la population francophone et anglophone du Manitoba. Le Collège est bilingue jusqu’en 1925; soit jusqu’à l’ouverture d’un collège catholique anglais. Les jeunes hommes peuvent poursuivre leurs études au niveau du cours classique : cours de latin et de grec et cours de sciences qui occupent une place importante. Les élèves francophones composent toujours le groupe le plus nombreux parmi une quinzaine de nationalités différentes. Après leur diplôme, les élèves sont prêts pour le monde des affaires ou poursuivent leurs études en médecine, en droit ou en théologie.

Si le Collège vit cette époque sous le signe de l’épanouissement, le Manitoba français pour sa part, connaît l’une des périodes les plus sombres de son histoire. En 1916, le gouvernement du Manitoba abolit l’enseignement du français (et de toutes les autres langues, sauf l’anglais) dans les écoles publiques de la province. Cette loi signe l’arrêt de mort de la vie française et catholique au Manitoba. Mais c’est sans compter sur la persévérance des éducatrices et éducateurs de l’époque, pour la plupart venant de congrégations religieuses, qui défient la loi et poursuivent l’enseignement en français, à l’insu des autorités. De son côté, le Collège de Saint‑Boniface étant une école privée, c’est-à-dire que les parents paient les frais de scolarité, n’a pas à être soumis à cette loi et peut poursuivre son enseignement en français sans interruption. Le Collège est par le fait même considéré comme le centre de l’enseignement du français dans la province. Les parents y envoient leurs jeunes garçons pour leur permettre de conserver leur foi, leur culture et leur langue. De plus, les jésuites qui dirigent le Collège durant cette période, encouragent les enseignantes et enseignants des écoles publiques à défier l’interdiction du gouvernement. D’ailleurs, c’est au Collège que se tiennent la plupart des réunions d’une nouvelle organisation de défense des droits des francophones créée par la population, l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba (AECFM) qui devient le fer de lance de la sauvegarde de la langue et de la culture françaises au Manitoba.

Une communauté solidaire pour un Collège fort

En 1922, l’incendie qui détruit le Collège est l’un des moments les plus tragiques que vit l’établissement. En plus de la mort de dix personnes, presque tous les registres du Collège et les quarante mille volumes de la bibliothèque sont réduits en cendre. Mais cet incident donne un élan de solidarité à la communauté française. Pour éviter de créer un vide dans l’éducation en français, dès le lendemain de l’incendie, l’archevêque de Saint-Boniface, Mgr Arthur Béliveau, cède aux dirigeants du Collège le bâtiment qui sert de Petit Séminaire, où sont formés les futurs ecclésiastiques. C’est cet édifice, avenue de la Cathédrale, qui abrite le Collège que nous connaissons aujourd’hui. Il est devenu et continue d’être le fleuron de l’enseignement en français dans l’Ouest canadien.

Vers la modernité

Les quatre prochains changements marquants que connaît le Collège ont lieu dans les années soixante avec d’abord l’arrivée des femmes dans les salles de classe. Bien que recevant leur diplôme de la University of Manitoba depuis 1938 en étudiant à l’Institut Saint-Joseph, les jeunes femmes ne font leur entrée au Collège qu’en 1959 dans les mêmes classes que les garçons. Après plus de cent quarante ans d’enseignement strictement masculin, le Collège offre enfin une éducation mixte. Le deuxième changement de l’époque est l’introduction des cours pour adultes (éducation permanente), tels la peinture, les arts plastiques et le français oral, ce dernier étant le plus fréquenté de tous. C’est grâce à ce cours que le Collège va surtout se faire connaître au-delà de la communauté francophone, même de nos jours.

Le troisième changement marquant est la fin de la prédominance du clergé en 1969 alors que le Collège devient officiellement laïc.

Enfin, comme le cours classique devient dépassé et qu’il est permis depuis 1967 d’enseigner en français dans les écoles publiques de la province, le Collège scinde son enseignement en deux : le secondaire d’une part et l’universitaire de l’autre. L’éducation secondaire est offerte jusqu’en 1983, année où elle est transférée au Collège Louis-Riel. À partir de ce moment, le Collège de Saint-Boniface va se concentrer sur l’éducation postsecondaire et sur l’éducation collégiale qu’il offre depuis 1975. Le CUSB est affilié à l'Université du Manitoba.

Le Collège, pierre d’assise de la société moderne dans l’Ouest canadien

Aujourd’hui, le Collège universitaire de Saint-Boniface est plus que jamais au cœur de la vie française au Manitoba et dans l’Ouest canadien. Sa réputation d’excellence en éducation lui a permis de se faire connaître non seulement au Canada, mais également dans l’ensemble des pays francophones. Le CUSB reçoit chaque année des centaines d’étudiantes et d’étudiants venant de plus de vingt pays, attirés par la qualité des programmes et de l’enseignement. Depuis ses débuts, le Collège a formé des chefs de file qui ont participé activement à l’épanouissement de leur communauté, ont enrichi la francophonie d’hier et d’aujourd’hui et continueront de le faire tant et aussi longtemps que le Collège existera. Mais au-delà de son rôle de formateur, le Collège est l’un des leaders dont l’influence au cours des cent quatre-vingt-dix dernières années a permis au Manitoba de devenir la province vibrante d’énergie que nous connaissons aujourd’hui.

Remerciements : Carole Pelchat, archiviste du CUSB et Michel Verrette, historien et professeur au CUSB.